• Executive Life vaut deux Louisiane

    L'accord conclu lundi soir pour mettre fin au volet pénal de l'affaire Executive Life a beau être historique par le montant des sommes en jeu, il n'est pas le premier compromis du genre conclu entre la France et les Etats-Unis. A peine devenu Premier Consul, Bonaparte trouva sur son bureau le dossier d'un lourd contentieux financier lié à l'arraisonnement, quelques années plus tôt par les révolutionnaires français, de navires américains. Avec l'aide de son frère Joseph, il parvint à trouver rapidement une issue à ce conflit. Ce qui déboucha par la signature, le 30 septembre 1800, de la convention de Mortefontaine, prévoyant le paiement de lourdes indemnités au profit des Etats-Unis.

    Mais les caisses de la France, largement sollicitées pour les conquêtes du futur empereur étaient désespérément vides. La solution se présenta au printemps 1803, lorsque Barbé-Marbois, ministre du Trésor et ancien consul de France à Philadelphie, entreprit des négociations avec Jefferson pour céder la Louisiane française qui couvrait alors un petit tiers du territoire américain et s'étendait de la Nouvelle-Orléans à l'actuel Dakota du Nord et même au Montana. L'accord final, conclu le 30 avril 1803, prévoyait donc le rachat par les Américains pour 80 millions de francs de l'époque ou 15 millions de dollars (le billet vert valait alors 5,33 francs, c'est-à-dire autant qu'aujourd'hui) d'un territoire grand comme quatre fois la France. Mais le Trésor français n'encaissa finalement que 60 millions de francs, le solde servant à régler les fameuses indemnités de Mortefontaine. Et le 20 décembre 1803, il y a deux cents ans, presque jour pour jour, le drapeau français était définitivement descendu de l'hôtel de ville de la Nouvelle-Orléans, pendant que le drapeau américain y était solennellement hissé.

    Que représenteraient aujourd'hui ces 60 millions de francs de 1803 ? En fait, tout au long du XIXe siècle, la valeur de ces francs - les fameux francs germinal, nés eux aussi en 1803 - est restée la même. Et si l'on en croit les tables d'équivalence produites par l'Insee, les francs de 1900 correspondent à 3,2 euros d'aujourd'hui. La valeur actuelle de la Louisiane serait donc de 192 millions d'euros, c'est-à-dire 236 millions de dollars. Le contentieux né autour de cette obscure compagnie californienne va donc coûter à l'Etat français, via le CDR, exactement deux fois plus que ce que nous avait rapporté, il y a deux siècles, la vente de cette colonie du Mississippi conquise sur ordre de Louis XIV. Et cette fois-ci le drapeau français n'a eu besoin ni de tambour ni de trompette pour être amené de son mât.

    YVES DE KERDREL



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