• Près de deux siècles et demi après la déportation des Acadiens, Ottawa a reconnu mercredi les «torts historiques» infligés à ces Canadiens francophones. C'est le dernier cadeau de Noël de Jean Chrétien à ses concitoyens de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick. «Attendu que, le 28 juillet 1755, la Couronne, dans le cadre de l'administration des affaires de la colonie britannique de la Nouvelle-Ecosse, a pris la décision de déporter les Acadiens...» Une «proclamation royale» désigne le 28 juillet comme jour de commémoration du grand dérangement, nom donné à la déportation massive des Acadiens entre 1755 et 1763. Ce texte du gouvernement du Canada reconnaît «les torts historiques» infligés aux Acadiens. Lorsque la colonie française de l'Acadie, aujourd'hui partagée entre les provinces de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick, passe sous le joug britannique au XVIIIe siècle, Londres voit d'un mauvais oeil ces paysans catholiques et francophones qui refusent l'allégeance à la Couronne. Plus de 10 000 Acadiens sont embarqués de force vers l'Angleterre ou les colonies britanniques de la côte américaine. Plus de la moitié d'entre eux mourront dans des camps de prisonniers ou durant la traversée. Depuis des décennies, les Acadiens tentaient en vain de faire reconnaître leurs souffrances par l'Angleterre. Ils n'ont réussi qu'à moitié. Seul le gouvernement du Canada officialise leurs malheurs. La reine Elisabeth II ne signera pas la proclamation royale et ne viendra probablement pas la lire en 2005 pour la commémoration du grand dérangement, comme l'y invite Sheila Copps, le ministre du Patrimoine canadien. «Ensemble, nous travaillons à nous réconcilier avec notre passé, nous tournons la page sur l'un des moments les plus sombres de notre histoire collective», a déclaré le ministre. «Nous ne pouvons pas effacer les erreurs du passé mais nous pouvons créer un meilleur Canada en les comprenant», a-t-elle ajouté.

    La reconnaissance du grand dérangement intervient alors que le Canada et la France vont célébrer en 2004 le 400e anniversaire du premier établissement français en Amérique du Nord et à quelques jours du bicentenaire de la cession par Napoléon Bonaparte aux Etats-Unis de la Louisiane, territoire où de nombreux Acadiens s'installèrent et où ils sont à l'origine de la culture cajun.



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